La Montagne magique

Par Thomas Mann

Quel livre!

Durant toute sa lecture, on est amené à se demander s'il n'est pas le legs spirituel de son auteur, une vaste fresque de ses réflexions hétéroclites, touchant tous les domaines: scientifique, philosophique, métaphysique ...

Il nous présente son "héros", censé représenter l'individu moyen par excellence, être passif aux capacités limitées et promis à un destin des plus quelconques, alors qu'au fur et à mesure qu'il se dévoile et s'épaissit, il revêt, de par son humanité et son empathie, un caractère exceptionnel, celui de la personne dont la qualité d'écoute la rend sympathique au plus haut degré.

Cette "bonne pâte" devient le disciple de deux personnages flamboyants, l'humaniste démocrate Settembrini et le penseur absolutiste Naphta (au nom probablement issu de la naphtaline, ce vieil anti-mites à l'odeur désagréable et nuisible) qui se déchirent dans leurs joutes verbales incessantes où l'un fait l'éloge de l'individu, de ses lumières, de sa maîtrise de la nature, du progrès continuel dont il est porteur et bénéficiaire, tandis que l'autre s'insurge contre ce tout rationnel, en démontre sa vacuité, et célèbre la foi et la dissolution de l'ego au sein de la communauté religieuse comme l'apogée de la civilisation, l’unique spiritualité à même de lui apporter son salut.

Son séjour à la montagne, qui devait être bref, se prolonge indéfiniment. Il perd peu à peu toute notion du temps, au contraire de son cousin militaire qui ne souhaite qu’une chose, malgré le pouvoir “magique” de la montagne: retourner parmi les siens, oublier ce lieu de cure aliénant, et se consacrer à sa carrière militaire.

Son esprit s’égare dans les méandres de la passion pour une femme qui lui rappelle un “amour” adolescent, une attraction irrésistible pour un garçon asiatique aux yeux “obliques” qui l'avait fasciné et resurgit dans sa conscience en proie à un trouble profond. Le temps n'est plus dynamique, son écoulement n'est plus uniforme, il est une notion relative dont la nature dépend de l'instant et de la valeur qu'on lui attribue.

Son obsession pour la séduisante russe alors qu’il est censé être un homme posé, flegmatique, l’ouverture de son esprit aux lumières de domaines de connaissances sans intérêt pour lui jusqu’alors (botanique ou biologie par exemple), l’émulation spirituelle des théories et raisonnements complexes, parfois alambiqués, de ses deux “maîtres à penser”, semblent entraîner une dissolution progressive et inéluctable de son moi dans un espace temps où son identité originelle connaît une évolution radicale, une réformation essentielle; à tel point qu’il se “dénature” à vouer une admiration sans borne à un apparent triste sire, vieux voluptueux par excellence, aussi charismatique que ses propos sont creux, qu’il aurait sans nul doute exécré s’il l’avait rencontré à son arrivée.

La Montagne magique ou l’ouverture à la vie et ses possibilités infinies.

Un livre initiatique: nous sommes tous, d’une certaine manière, le héros de Thomas Mann dont le but, évident, est de nous éveiller, nous réveiller.

 


Ma note : 9/10

auteur
Publié par Arnould Accya inscrit il y a 673 jours.
Dans Roman - Fiction
Le Lundi 05 décembre 2016 : 13:54:26
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